Page 1 Page 2 Page 3 Page 4 Page 5 Page 6 Page 7 Page 8 Page 9 Page 10 Page 11 Page 12 Page 13 Page 14 Page 15 Page 16 Page 17 Page 18 Page 19 Page 20 Page 21 Page 22 Page 23 Page 24 Page 25 Page 26 Page 27 Page 28 Page 29 Page 30 Page 31 Page 32 Page 33 Page 34 Page 35 Page 36 Page 37 Page 38 Page 39 Page 40 Page 41 Page 42 Page 43 Page 44 Page 45 Page 46 Page 47 Page 48 Page 49 Page 50 Page 51 Page 52 Page 53 Page 54 Page 55 Page 56 Page 57 Page 58 Page 59 Page 60 Page 61 Page 62 Page 63 Page 64 Page 65 Page 66 Page 67 Page 68 Page 69 Page 70 Page 71 Page 72 Page 73 Page 74 Page 75 Page 76 Page 77 Page 78 Page 79 Page 80 Page 81 Page 82 Page 83 Page 84 Page 85 Page 86 Page 87 Page 88 Page 89 Page 90 Page 91 Page 92 Page 93 Page 94 Page 95 Page 96 Page 97 Page 98 Page 99 Page 100 Page 101 Page 102 Page 103 Page 10445 «Il ne nous est pas donné de pouvoir choisir les facteurs les plus importants qui définissent notre vie: nous les héritons d’instances qui nous dépassent, comme nos parents et/ou les structures politiques. C’est notre condition, et la reine Elizabeth la partage avec nous.Je respecte la reine en tant que femme et en tant que mère, et je respecte son dévouement pour la fonction qu’elle a reçue en 1952, l’année où je suis né.»1 Le peintre, sculpteur, poète et philosophe Simon Raab est né en 1952 à Toulouse, dans le sud de la France. Sa mère était originaire du Luxembourg, son père de l’ancienne Tchécoslovaquie. Raab grandit au Canada, puis il fait des études de physique des surfaces et construction mécanique aux USA et au Canada où il passe son doctorat à l’Université McGill de Montréal. L’art ne lui est pas étranger, mais il se sent plus attiré par la technique. En 1982, il fonde la firme FARO Technologies, une entreprise internatio- nale spécialisée dans les appareils biomécaniques et les instruments de mesure de précision au laser. Peu à peu prend forme chez lui l’idée d’une œuvre d’art qui n’est ni tout à fait peinture, ni tout à fait sculp- ture: Parleau est une forme mixte qui consiste à transposer des compositions figuratives très concrètes, réalisées d’après des modèles photographiques, sur des feuilles d’acier et d’aluminium avec des couleurs polymères. Les plaques sont alors travaillées au marteau pneumatique, puis au simple marteau, jusqu’à prendre cette « forme de tableaux » en relief qui s’insère ensuite dans un cadre de bois (et en déborde parfois). La surface du tableau prend alors l’aspect d’une étendue d’eau miroitante – par l’eau –, les plis et reliefs suivant les contours du tableau de manière à créer un effet de réfraction dans l’eau claire. La vivacité des couleurs polymères contribue à la réception des tableaux (des portraits pour la plupart) projetés sur la rétine de l’observateur, les reliefs apparaissant d’autant plus clairement au fur et à mesure que l’œil parvient à recomposer le chaos des lignes «réfractées».Alors que dans les trois tableaux Parleau de la reine Elizabeth II – qui vont du couronnement au portrait crânien posthume (Royal Skullduggery) en passant par un portrait de vieille dame – les différentes « surfaces ridées »2 sont organisées de manière à évoquer explicitement le caractère éphémère de l’existence humaine, dans le Parleau Newton’s Apple c’est plutôt l’histoire réfractée avec ironie de sa «pomme» qui occupe le premier plan. Cette pomme qui lui tomba sur la tête alors qu’il faisait un somme sous un arbre est à l’origine des réflexions d’Isaac Newton sur les lois de la gravitation3 qui comptent, avec son calcul infinitésimal, parmi les découvertes révolutionnaires du mathématicien, physicien et philosophe. Les allusions indirectes à la vie privée, à la politique et aux sciences, constituants majeurs de l’art de Simon Raab, semblent relever d’une loi secrète. Dans son portrait d’Isaac Newton, le mathématicien tend à l’observateur la pomme dans laquelle il vient de mordre (comme s’il venait à l’instant de la cueillir sur l’arbre de la connaissance), alors qu’un autre scientifique, Freeman Dyson (auteur de nombreuses décou- vertes en mathématique, mécanique et électronique quantiques), ne fait qu’adresser un regard soutenu dans l’espace de l’interlocuteur. Raab a compris que le physicien Dyson4 est probablement le seul à pou- voir apporter une contribution essentielle à la problématique du réchauffement de l’atmosphère parce qu’il s’est intensément intéressé aux possibilités de la vie sur d’autres planètes. C’est donc logiquement le respect qu’il témoigne à la personnalité représentée qui est l’un des aspects majeurs dans l’œuvre de Raab, car lui seul peut permettre de venir à bout du chaos présumé – de l’uni- vers, du savoir et de l’existence. Par ailleurs «… ce que nous voyons, c’est un espace déformable, la même particule simultanément en deux points, et le flux des probabilités. Pour rester plus près de cette réalité, toutefois, il nous faut faire l’effort d’abandonner nos idées préconçues et nos repères erronés5 ». Ces explications et postulats de Simon Raab à propos de son œuvre sont solidement ancrés dans la tradition de la peinture anglaise : aujourd’hui encore – comme jadis chez William Blake –, des réflexions philosophiques et artistiques accompagnent les œuvres des artistes anglais (mais aussi américains et canadiens). Elles sont comme une constante de leur évolution artistique. La série Parleau tout entière se présente ainsi comme une tentative de maîtriser le «chaos de l’univers»: en tant que «vecteurs» d’un monde de plus en plus soumis à l’ordre auquel tout un chacun peut s’identifier, Le biographique et l’atmosphérique D’Isaac Newton à la reine Elizabeth II et Freeman Dyson